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- 3ème chapitre -


Un concert pour la tolérance

 

1er chapitre rédigé par Julien Donnay (Collège Sainte-Véronique et Marie-José, BE)

Bruno, un grand Jamaïcain de 17 ans, Franck, un jeune Belge, et Yassin, originaire du Maroc, sont les meilleurs amis du monde.
- Avez-vous entendu parler de la grande soirée contre le racisme organisée la semaine prochaine à Liège ? demande Yassin à ses copains.
- Oui, ça va être géant, mais je ne suis pas sûr qu’il reste encore des places en prévente, répond Bruno.
- Allons faire un tour à la FNAC, on verra bien, propose Franck.

Une chance pour eux, il restait encore quelques tickets. Après avoir acheté leurs précieux sésames, Bruno, Franck et Yassin se rendent au terrain de basket de leur quartier, histoire de s’entraîner un peu avant le match du week-end prochain.
- Vous avez vu, il n’y a que des grands noms de la chanson, commente Franck en faisant une passe à Yassin.
- Cela va être grandiose, je suis sûr qu’il y aura une super ambiance. Je me réjouis déjà d’y être…
- J’ai entendu dire qu’il y aura pas mal de monde du quartier à ce concert, dit Bruno.
- Ce serait dommage de manquer ça ! J’espère seulement que tout le quartier ne sera pas présent, laisse sous-entendre Franck.
En effet, un groupe gothique appelé les « Black Angels » sévit dans le coin. Ils vouent une sorte de culte à Satan et sont profondément racistes. Ils pourraient très bien avoir la mauvaise idée d’aller au concert, juste pour semer la pagaille.

Le 13 janvier 2010 arrive enfin. Nos trois amis sont gonflés à bloc. Ils sont prêts à s’amuser jusqu’au bout de la nuit. La salle de concert est pleine à craquer.
- Regardez, dit Franck, nous ne sommes pas vraiment les plus jeunes.
En effet, de nombreuses familles ont fait le déplacement. Les plus jeunes sont perchés sur les épaules de plus grands. Certains agitent des petits drapeaux sur lesquels on peut lire « Peace ». Vraiment, tout le monde va passer un très bon moment…

Les artistes se succèdent sur scène depuis plus de deux heures. L’ambiance est excellente : tout le monde chante et danse. Soudain, Yassin se retourne brusquement.
- Bruno, regarde un peu sur ta droite, près du pilier, au fond. Je crois que j’ai aperçu Mathieu, le chef des « Black Angels » !
- Je ne vois rien de ce côté-là, mais devant nous, il y a son cousin et il a un sourire qui ne me plaît pas du tout.
- Je vous avais dit qu’ils risquaient de venir saccager l’ambiance, signale Franck. Là, je vois encore deux autres de la bande… On dirait qu’ils préparent quelque chose.

Alors que MC Solaar termine sa dernière chanson, Bruno, Franck et Yassin voient les « Black Angels » s’agiter et bousculer les familles qui composent le public. Certains enfants pleurent car ils ont très peur.
- Cela va mal tourner, dit Bruno. Il faut faire quelque chose.
- Je vais essayer de prévenir le service d’ordre, propose Franck. Je reviens tout de suite.
A peine a-t-il fait trois pas que la salle se retrouve plongée dans le noir total. On n’entend plus rien que les cris de surprise et de peur du public.
- A quoi jouent-ils encore, ces « Black Angels » ? Qu’est-ce qu’ils ont encore trouvé pour nous embêter ? s’exclame Yassin.


 

2ème chapitre rédigé par Ayşe Aylin Kaya (Lycee Galatasaray, TR)

- Bon, d’accord, dit Bruno. On attend quinze minutes et si celui-ci continue, on va partir chez nous. En effet, si c’est quelque chose de vraiment grave, moi, je vais avoir un gros problème, ajoute-t-il.
Franck et Yassin, n’ayant rien compris, l’ont regardé avec des yeux demandant une explication. Bruno, avec un air stressé et coincé, a repris la parole :
- Je n’ai pas parlé à mes parents de ce concert, j’étais sûr qu’ils n’allaient pas me permettre d’y venir. En effet, aujourd‘hui mon oncle qui habite en Turquie est venu nous rendre visite. Toute notre famille est chez nous ce soir : mes grands-parents, ma tante, mes cousins… Donc, il aurait fallu que je reste à la maison. Mais comme j’avais très envie de venir au concert, après avoir salué mon oncle et les autres, je suis passé dans ma chambre et j’ai commencé à me préparer...
- Préparer quoi ? lui demande Yassin.
- Justement, je vais vous raconter. J’ai mis des coussins sous ma couverture de lit, je leur ai donné la forme d’un corps, j’ai terminé avec une balle de foot portant une perruque ressemblant à mes cheveux.
- Tu as pensé à tout ? a dit Franck en souriant.
- Bien sûr, mais le meilleur est que j’ai mis aussi sous la couverture un haut-parleur branché sur mon Ipod.
- Tu écoutes aussi de la musique ! a dit Yassin.
- Non, c’est pour les ronflements. J’ai pensé qu’ainsi, mes parents seraient certains que je dormais. Mais comme il n’y a plus d’électricité, ma tromperie est ratée. Il n’y aura plus de ronflement et ils vont sûrement se rendre compte que je ne me trouve pas à la maison.

Tous les trois ont commencé à rire aux éclats. Leurs rires agaçaient les autres spectateurs. En effet, tous étaient effrayés par ce noir total. L’ambiance chaude et réjouissante de concert tournait à pas à une immense déception. Les petits étaient très déçus et les parents étaient exaspérés. Nos trois amis étaient aussi mal à l’aise sous l’effet d’une telle situation crispante. Quant à Bruno, il avait eu la frayeur de sa vie. Yassin, avec un ton angoissé, a dit aux autres :
- On doit trouver un moyen pour contacter nos parents. Car, il parait que cette panne va durer longtemps. On ne peut pas attendre ici toute la nuit.
- Mais comment ? lui a demandé Franck. Il est impossible de capter le réseau avec le GSM. Vous n’entendez pas les autres, mêmes les cabines de téléphones ne fonctionnent pas.
- j’espère que mon père pensera à venir nous chercher. Jusque là, on doit chercher nous aussi un moyen de retourner à la maison, a dit Yassin.
- Le seul moyen de partir d’ici, je pense que c’est de demander à une famille venue avec leur voiture. Si on peut trouver quelqu’un qui va nous laisser au moins au centre de ville, on va marcher jusqu'à chez nous parce que s’il n’y a pas d’électricité au centre ville non plus, le métro ne fonctionne pas et en plus, je ne suis pas sur qu’on puisse trouver de bus à cette heure-ci.


Pendant que Yassin et Franck parlaient, Bruno devenait de plus en plus stressé. Il pensait que si ses parents apprenaient qu’il était parti sans permission, ils allaient être vraiment très fâchés contre lui.


Ils ont décidé d’aller vers le parc de voitures pour observer celles qui partaient et demander s’ils pourraient les emmener jusqu'au centre ville. Après trois tentatives vouées à l’échec, à la quatrième, ils sont arrivés à trouver trois places disponibles dans la voiture d’un couple. Pendant le voyage, ils ont exposés leurs opinions sur les causes et la gravité de cette panne. Tout le monde était en accord sur le sujet. Ils étaient sûrs que, au plus, deux ou trois heures plus tard, les lumières allaient recommencer à briller. Ils sont descendus de voiture au centre ville en remerciant le couple si gentil. Heureusement, tous les trois n’habitaient pas loin du centre et ils n’avaient qu’une marche de quinze minutes jusqu’à leur maison. Ils se sont quittés et chacun a pris son chemin.

Il faisait nuit noire sur la ville comme dans toute l’Europe. Il n’y avait ni de bruit ni de lumière dans les rues.

Bruno, plein de peur, avançait vers sa maison à l’aide de la lumière de son téléphone cellulaire. Yassin marchait en touchant les murs pour éviter de tomber. Franck a trouvé un bâton pour contrôler la route. Bruno, quand il est arrivé dans son jardin, est entré à la maison par la fenêtre par laquelle il était sorti de sa chambre. Il s’est aperçu que sa chambre était telle qu’il l’avait laissée et il s’est relaxé. Il s’est débarrassé immédiatement de tous les coussins, de la balle, de la perruque et du haut-parleur qui ne fonctionnait plus. Puis, il est passé au salon pour être sur que son absence était passée inaperçue. Il y a trouvé toute sa famille qui écoutait son oncle à la lumière d’une lampe à huile étrange. Il ne se rappelait pas qu’ils avaient une telle lampe. Il s’est approché de ses cousins qui écoutaient avec curiosité leur oncle qui leur racontait ses histoires de Turquie. Tous mangeaient avec appétit un dessert en forme de petit cube doux et sucré appelé « loukoum ». Il a constaté que ses grands-parents et ses parents buvaient du café dans des tasses en céramique mais vraiment très petites. Il a voulu en goûter. Il était très dense et avait une odeur appétissante. Ensuite, il a compris que cette lampe à huile était aussi un souvenir de Turquie. Ils avaient la chance d’avoir reçu un cadeau de par une nuit sans électricité. Son oncle vivait depuis plus de quarante ans en Turquie.
- Quarante ans avant, même si l’électricité avait commencé à se répandre, chaque famille ne l’avait pas à la maison. Surtout, dans les petits villages. Moi, j’ai habité pendant trois ans dans un petit village au sud de la Turquie. On avait quatre lampes à huile pour la lumière, parce que les bougies étaient trop chères. En hiver, on chauffait la maison avec un poêle sur lequel on cuisinait et on faisait bouillir l’eau pour le bain.
Les paroles du vieil oncle étaient comme un conte pour les jeunes et les enfants car ils n’avaient jamais vu ni une lampe à huile jusqu'à cette nuit, ni un poêle. Cependant, personne ne savait pas que cette histoire d’un petit village sans électricité décrivait le nouveau portrait de toute l’Europe.


Les parents de Franck, comme ceux de Yassin, étaient très angoissés pour leur fils mais ils ont décidé de les attendre car il semblait impossible de les trouver dans une salle de concert plein de gens et en plus, sombre. Ils se sont calmés après l’arrivée de leurs enfants sains et saufs. Ils utilisaient des chandelles pour la lumière et ils pensaient que cela ne faisait rien de passer une nuit sans la télé ou l’ordinateur. On pourrait même dire qu’ils étaient contents de l’absence de l’électricité car ils ont trouvé l’occasion de parler, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. En effet, après le diner, chacun s’enfermait dans sa chambre. Ils oubliaient la présence d’autrui en regardant la télé, en chattant sur Internet. Les jeunes n’écoutaient rien que de la musique en raison de leur passion pour leur Ipod ou MP3 player. Les parents passaient les nuits en regardant des films sans se sentir obligés de parler avec leurs enfants.
Bref, cette nuit était très différente des autres ; la famille de Yassin et celle de Franck se sont rassemblées au salon de leur maison pour parler. Franck a appris que son père portait une trace de blessure sur son dos parce qu’il était tombé de l’arbre pendant qu’il était en train de ramasser des pommes. La mère de Yassin leur a raconté qu’elle avait appris à faire du vélo quand elle avait vingt-ans. Il semblait qu’ils ne faisaient pas cas de l’absence de l’électricité.

Le lendemain matin, chacun s’est réveillé avec curiosité. Il n’y avait pas encore d’électricité. Tous étaient choqués car personne n’arrivait à croire à une telle coupure. Comme les télés et les radios ne fonctionnaient pas, ils ont essayé d’acheter des journaux. Mais dans les kiosques, ils en ont trouvé un ou deux mais ceux-ci ne parlaient pas de la panne puisqu’ils étaient anciens. Ils ont commencé a perdre espoir. De plus, les maisons ont commencé à se refroidir puisque les calorifères ne fonctionnaient pas.

Chez la famille de Bruno, tous étaient bien habillés pour bien se protéger du froid. Sa mère utilisait leur balcon comme réfrigérateur de peur que les nourritures pourrissent. Ils se sont contentés de plats non cuits car ni le four, ni le grille-pain ne fonctionnaient. Le petit déjeuner était facile car il n’y a rien à cuire. Mais pour le déjeuner et le diner, ils ont du utiliser leur stock de conserves. Comme tous les systèmes de billets et de transports étaient bloqués par la panne, l’oncle de Bruno et les autres membres de la famille ont du rester chez eux. La nuit est tombée avec sa froidure. La sœur de Bruno avait déjà commencé à tousser. Ils s’asseyaient tous en portant une couverture de laine sur leur dos. Dans les autres familles, la situation n’était pas très différente. La deuxième nuit n’était pas aussi agréable que la première. Les parents ont commencé à redouter du rétablissement de l’électricité.

Le matin du 15 janvier, le soleil brillait ; cependant il n’avait aucun effet sur le froid. Le grand-père de Bruno a proposé de faire sortir le vieux poêle qu’ils utilisaient autrefois. La majorité des jeunes n’étaient pas au courant de la présence de celui-ci dans la cave où se trouvaient les vieux meubles de la maison. Tous les hommes de la famille ont travaillé à la construction du vieux poêle au milieu du salon, lorsque les femmes faisaient des achats, si on pouvait nommer « faire des achats ». Il y avait vraiment un chaos dans la ville. A cause des problèmes de sécurité, les supermarchés étaient fermés et ceux qui était ouverts étaient pillés. Dans les épiceries, il était impossible de trouver quelque chose. C'est-à-dire que les gens se comportaient prudemment pour les jours suivants et emplissaient leur stock de nourriture. Enfin, elles ont trouvé un marché ouvert où elles ont pu acheter quelques kilos de légumes et de fruits frais. Elles sont retournées à la maison avec beaucoup de difficultés, car le métro et le tramway étaient arrêtés, il était impossible de trouver un bus. Elles ne pouvaient pas prendre le taxi car comme elles ne pouvaient pas utiliser leurs cartes bleues, il ne leur restait pas beaucoup d’argent. A leur retour, le poêle chauffait la maison. Ils brulaient des branches d’arbres et le feuillage de leur jardin, mais pour un chauffage continu, il fallait qu’ils trouvent du bois ou du charbon.

Quant à la famille de Yassin, ils ont trouvé un radiateur au gaz pour chauffer la maison. Sa mère faisait la cuisine sur leur cuisinière à gaz. Mais comme il n’y avait pas d’électricité, elle utilisait le briquet pour l’allumer. Ils faisaient bouillir de l’eau pour la douche. Mais le pire était que la famille de Yassin habitait dans un appartement au seizième étage d’un immeuble de vingt étages. L’ascenseur ne fonctionnait pas, ils étaient donc obligés de monter 24x16 marches d’escalier pour arriver à leur appartement. En outre, chez Franck, il y faisait un froid terrible car ils n’avaient trouvé aucun moyen pour le chauffage de leur maison. Ses parents espéraient toujours que l’électricité serait établie bientôt.

Les anciens jours passés en Turquie de l’oncle de Bruno n’étaient plus très différents du moment présent. Ils ont fait cuir des châtaignes sur le poêle. C’était le plus délicieux repas que les enfants ont mangé jusqu'à ce jour. Les grands parents ont proposé de faire des marionnettes pour amuser les enfants. Dans leur enfance, ils s’amusaient bien avec un spectacle de marionnette de leurs grands-parents. Le vieil oncle a proposé une brillante idée. En Turquie, il avait assisté a un spectacle très intéressant du théâtre de l’ombre. Il y avait des marionnettes plates, colorées, composées de quatre ou cinq pièces. Une personne les faisait jouer à l’aide des bâtons à l’arrière d’un rideau ou une chandelle ou une lampe à huile se trouvait. Même s’il pensait qu’il ne serait pas capable de faire parler les marionnettes aussi habilement que celui-ci auquel il avait assisté, il était sûr que les enfants allaient l’adorer. Ils ont dessiné tout d’abord des personnages différents sur le carton dont les principaux s’appelaient « Karagöz » et « Hacivat ». C’étaient les noms des personnages en Turquie, qui étaient la source d’inspiration de ce théâtre. Ils avaient été réalisés car la construction d’une mosquée n’avançait parce qu’ils passaient leur temps à faire rire les ouvriers par leurs disputes ridicules pleines de malentendus et de quiproquos. Mais ce théâtre de l’ombre faisait vivre leur vif esprit.
Avec ce travail familial, tout était prêt pour un spectacle : les marionnettes de carton, un scène de chaises, un rideau volé de la cuisine…la plus importante particularité de ce spectacle était qu’il était spontané et le produit d’une improvisation. L’oncle le savait bien. Donc, le sujet de notre pièce était certainement la panne.

De la voix de l’oncle :
« Hacivat : Sais-tu mon cher Karagöz, qu’il y a un panne d’électricité ?
Karagöz : Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a dans mon élasticité ?
Hacivat : Non, non , je dis l’électricité !
Karagöz : Ah, je me demandais pourquoi il n’ya plus de film à la télé !
Hacivat : Qu’est-ce que tu fais pour te chauffer ?
Karagöz : Mais, j’ai fait rien pour te choquer, peut-être je peux sentir mauvais parce que je n’ai pas pris de douche depuis deux semaines.
Hacivat : Te chauffer, pas me choquer ! Mais maintenant tu m’as vraiment choqué, je pensais que tu portais des déchets pour les jeter à la poubelle.
… »
Les enfants mouraient de rire, les parents s’amusaient aussi. Cette nuit-ci aussi chez Bruno, l’absence d’électricité était oubliée.


Pourtant, les jours suivants, tout le monde a compris que la panne était vraiment grave. Les moyens de transports ne fonctionnaient pas, les supermarchés étaient encore fermés comme la plupart des banques, des magasins…La majorité de la population ne pouvait pas travailler. Le peuple a perdu espoir, ne pensait plus que cette situation était éphémère.

Enfin, le 18 janvier, les voitures de police qui sont passées dans toutes les rues de la ville, ont informé les gens de la panne. Elle était européenne et il était impossible de rétablir l’électricité.


 

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